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Supplément à Spartacist Canada, août 2014

 

Débâcle électorale pour le PQ et sa charte raciste

Les libéraux préparent la prochaine vague d’austérité

L’article qui suit est la traduction d’un article de Spartacist Canada 181 (été 2014). Cette dernière inclue une correction apportée à l’édition originale.

À peine deux semaines après avoir remporté les élections québécoises du 7 avril, le gouvernement libéral de Philippe Couillard commence déjà à préparer la prochaine offensive d’austérité. Les libéraux planifient retrancher près de 4 milliards de dollars des dépenses gouvernementales, ce qui signifie d’importantes coupes à venir dans les domaines des soins de santé, de l’éducation et d’autres programmes sociaux essentiels. Le gouvernement entend également maintenir une ligne dure lors des négociations avec le front commun des 400 000 employés syndiqués du secteur public dont les contrats arrivent à échéance le printemps prochain.

Les libéraux sont revenus au pouvoir moins de deux ans après leur défaite aux mains du Parti québécois aux élections de 2012, tenues à la suite de la militante grève étudiante la même année. Rappelons que des centaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées lors de manifestations de masse durant cette grève, incluant des syndicalistes et d’autres travailleurs cherchant une façon de contrer ces incessantes attaques du gouvernement. Le parti nationaliste bourgeois du PQ s’est hypocritement présenté en appui à la lutte étudiante, seulement pour lancer ses propres coupes d’austérité (et augmentation des frais de scolarité) peu après sa prise du pouvoir. L’année suivante fut ensuite l’occasion pour le PQ d’introduire sa « Charte des valeurs » complètement raciste, laquelle aurait proscrit le port de symboles religieux ostentatoires partout dans la fonction publique. Les principales cibles de cette législation anti-immigrants et anti-femmes étaient de toute évidence les femmes musulmanes qui portent le voile.

S’enfonçant dans sa démagogie nationaliste, Pauline Marois fit de la Charte une pièce centrale de son pari de réélection. Le flagrant caractère réactionnaire de la campagne du PQ apparut d’autant plus manifeste par le recrutement de Pierre Karl Péladeau en tant que candidat vedette. L’ancien PDG de Québecor et de Sun Media porte bien son titre de « roi du lockout » en raison de ses nombreuses attaques sur les travailleurs du Journal de Montréal et d’ailleurs. Cette dernière manœuvre de Marois a cependant spectaculairement échoué, puisque le PQ n’a remporté que 25 pourcents des voix, son pire résultat en plus de 40 ans.

Le recrutement de Péladeau et l’abandon par le PQ de sa rhétorique « progressiste » ont rebuté la plupart des bureaucraties syndicales du Québec, longtemps un pilier sur lequel le parti pouvait s’appuyer. Les dirigeants de la FTQ ont qualifié la candidature de Péladeau de « catastrophe » pour les travailleurs. Le Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN (CCMM-CSN) est allé encore plus loin, offrant son soutien aux nationalistes de gauche de Québec Solidaire (QS) plutôt qu’aux péquistes. Dénonçant Péladeau, la présidente du CCMM-CSN Dominique Daigneault a déclaré aux médias : « C’est inconcevable que le Parti québécois, qui se dit de gauche, lui ait ouvert la porte » (TVA Nouvelles, 23 mars).

En contraste, les anciens présidents de la CSN Gérald Larose et Marc Laviolette ont accueilli avec bienvenue la candidature Péladeau dans une lettre ouverte co-signée par des chantres du nationalisme tels les anciens premiers ministres péquistes Jacques Parizeau et Bernard Landry. Laviolette dirige présentement le caucus de « gauche » au sein du PQ nommé SPQ Libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), lequel a publié sa propre déclaration appuyant la candidature de Péladeau. Après quelques critiques à titre informatif de ce briseur de syndicats notoire, ce dernier affirmait :

« Notre lutte est une lutte de libération nationale et, comme nous l’avons souvent écrit, cette lutte implique, par sa nature même, différentes classes sociales et groupes sociaux dans un front uni.

« Dans notre histoire, le Parti québécois a constitué le lieu de ce rassemblement politique, de ce front uni. »

Le Devoir, 12 mars

L’amère vérité c’est que ce « front uni » nationaliste, long de plusieurs décennies entre les dirigeants syndicaux du Québec et le PQ capitaliste, n’a produit que des désastres pour les travailleurs.

Les travailleurs québécois et la question nationale

Le Québec possède une puissante classe ouvrière avec une longue tradition de militantisme ainsi que le plus haut taux de syndicalisation en Amérique du Nord. L’alliance des bureaucrates syndicaux avec le PQ a cependant historiquement lié les travailleurs à leurs propres exploiteurs et au système capitaliste de profits. Le même schéma se répète de manière constante. Un gouvernement libéral attaque les travailleurs et les plus démunis; les directions syndicales canalisent la colère répandue vers un appui au PQ; les péquistes prennent la relève et entament leurs propres attaques.

Au début des années 80, René Lévesque a brisé la grève menée par le front commun syndical. À la fin des années 90, Lucien Bouchard a sabré dans les services publics avec sa campagne du « déficit zéro ». Plus récemment, Landry puis Marois ont chacun pris leur tour pour renforcer le système de domination de classe capitaliste. Dans tous les cas, les attaques du PQ pavent tout simplement la voie à un nouveau règne des libéraux.

La présente vague d’austérité au Québec fait partie d’une offensive à l’échelle globale menée par les dirigeants exploiteurs qui cherchent à consolider leurs profits aux dépens des plus démunis et des plus vulnérables. Les travailleurs au Québec et à travers le Canada ont désespérément besoin d’une lutte unie contre les déprédations des capitalistes et de leurs gouvernements, que ce soit les conservateurs de Harper à Ottawa ou au niveau provincial. Mais les travailleurs sont pris avec des dirigeants qui acceptent et défendent le système de profit, ne recherchant que des réformes superficielles.

Plus encore, la classe ouvrière est depuis longtemps profondément divisée selon des lignes nationales reflétant l’oppression historique de la nation québécoise francophone à l’intérieur de l’État canadien anglophone dominant. L’emprise du nationalisme est alimentée par le chauvinisme anti-Québec omniprésent au Canada anglais. Les syndicats y supportent massivement les sociaux-démocrates de droite du NPD ou les libéraux bourgeois fédéraux, des partis avec une longue fiche de route d’hostilité à l’égard des droits nationaux du Québec. En retour, les dirigeants traîtres des travailleurs québécois s’allient avec le PQ et le Bloc contre la domination canadienne-anglaise au nom de l’« unité nationale ».

Considérant cette profonde division au sein de la classe ouvrière, la Ligue trotskyste/Troskyist League appelle à l’indépendance du Québec. En tant que marxistes internationalistes, nous reconnaissons que la création d’un Québec indépendant retirerait la question nationale de l’ordre du jour et favoriserait de meilleures conditions pour que les travailleurs prennent conscience que leur propre bourgeoisie nationale n’est pas une alliée, mais bien leur ennemie de classe.

Les médias bourgeois au Canada anglais ont bien évidemment accueilli la défaite du PQ comme un triomphe de l’« unité canadienne ». Un article du National Post (4 avril) juste avant le vote titrait « Qu’on appelle les pompes funèbres, le séparatisme québécois est mort. » Une semaine plus tard le magazine Maclean’s (11 avril) saluait « l’écrasante chute du séparatisme québécois ». Tous deux citaient la déclaration de Péladeau, avec son poing levé, à savoir que ses « plus profondes et intimes valeurs » étaient de « faire du Québec un pays », comme le point tournant de la campagne, après quoi l’appui au PQ s’était effondré. Évidemment, plusieurs travailleurs furent dégoûtés à l’idée de partager des « valeurs intimes » avec le « roi du lockout ». Voilà cependant des années que les sondages indiquent que l’appui à la souveraineté se maintient autour des 40 pourcents, soit presque la moitié de la population francophone, bien qu’il y ait peu d’enthousiasme pour un référendum à date rapprochée, et possiblement perdant.

Le refrain de la mort-du-séparatisme — de rigueur à chaque fois que le PQ perd une élection — est répété par une partie de la gauche réformiste. Par exemple, le groupe La Riposte (Fightback) soutient que la débâcle du PQ montre que « les travailleurs de Montréal en ont assez du débat fédéralisme-souverainisme » (marxiste.qc.ca, 17 avril). Ceci n’est pas simplement une analyse ignorante et profondément aveugle sur la division nationale. L’article de La Riposte ne glisse même pas mot sur la réalité de l’oppression nationale du Québec ni sur son droit démocratique à l’auto-détermination. Conséquemment, La Riposte supporte également les sociaux-démocrates « pro-Canada » du NPD.

D’une certaine façon, le vaste appui à la Charte des valeurs anti-immigrante au Québec — particulièrement à l’extérieur de la ville cosmopolite de Montréal — témoigne de l’emprise continue du nationalisme. Les syndicats ainsi que les influentes organisations féministes du Québec étaient divisés sur la position à adopter envers la Charte. Un congrès de la FTQ tenu en novembre dernier était si étroitement divisé que le syndicat ne fut pas en mesure de prendre une position. De plus, alors que tous les partis d’opposition rejetaient le projet de loi du PQ, ceux-ci étaient tous — incluant Québec Solidaire — d’accord sur la nécessité d’une quelconque « Charte de la laïcité » discriminatoire restreignant le port des symboles religieux.

En tant que marxistes luttant pour construire un parti ouvrier révolutionnaire, multiethnique et binational, ce que nous cherchons est de faire rompre les travailleurs de l’emprise mutuellement alimentée de l’anglo-chauvinisme et du nationalisme québécois au profit d’une perspective de lutte de classe contre le capitalisme. Cela signifie une lutte incessante contre tous les aspects de l’oppression capitaliste : de la subjugation nationale du Québec, à l’hystérie raciste à l’endroit des immigrants et des autres minorités, aux attaques envers les peuples autochtones. Le but d’une telle lutte se doit d’être le renversement de la classe exploiteuse par une révolution ouvrière, pavant la voie à une société socialiste égalitaire dans l’intérêt de la vaste majorité.

Québec Solidaire : Un cul-de-sac populiste

Cette perspective est à des années-lumière de la plupart des groupes socialistes auto-proclamés du Québec qui supportent aujourd’hui le parti nationaliste petit-bourgeois de QS avec quelques (sinon aucune) critiques à son égard. Suite à une campagne insipide centrée autour du slogan « Pour l’amour d’un Québec libre, vert et juste », QS a augmenté légèrement son appui électoral et compte désormais trois députés à l’Assemblée nationale. Lourdement financé par des subventions provenant de l’État capitaliste sur la base de son support électoral, QS ne prétend même pas être une organisation socialiste. Il s’agit plutôt, comme nous l’avons écrit précédemment, de la « cinquième roue du carrosse » du PQ bourgeois, travaillant à attirer la jeunesse et les travailleurs mécontents (ainsi que les anciens gauchistes se dirigeant vers la droite) dans le piège du populisme teinté d’écologisme.

Au cours des dernières années, la chef de QS Françoise David a offert à maintes reprises de soutenir un gouvernement péquiste minoritaire, mais l’arrivée de Péladeau le briseur de syndicats était de trop, même pour elle, à avaler. Celle-ci proclama qu’« aujourd’hui, des milliers de sympathisants [du PQ] peuvent faire le deuil du parti de René Lévesque. » L’ex-porte-parole de QS, Amir Khadir, a publié un « appel aux syndicalistes » s’adressant « à tous ceux et celles […] qui ont à cœur l’équilibre entre les droits patronaux et les droits syndicaux » à rejoindre Québec Solidaire (quebecsolidaire.net, 10 mars). Voilà QS en condensé : un retour au prétendument « progressiste » PQ de ses origines, ainsi que des efforts pour équilibrer les droits des travailleurs avec ceux de leurs exploiteurs !

Alors que le gouvernement de Couillard prépare ses assauts sur les travailleurs et les programmes sociaux, il est nécessaire de lutter pour une tout autre perspective politique. Un point de départ doit être la complète et inconditionnelle indépendance du mouvement ouvrier face aux capitalistes, leurs partis politiques et leur machine d’État. La commission Charbonneau « anti-corruption », mise en place sous le dernier gouvernement libéral de Jean Charest, a récemment ciblé la FTQ, spécialement son secteur de la construction. Nous répliquons : « Gouvernement : bas les pattes devant les syndicats ! » Les liens étroits entre le fonds d’investissement de 10 milliards de dollars de la FTQ, le Fonds de solidarité, et les propriétaires de l’industrie de la construction sont bien évidemment un scandale. Le mouvement ouvrier doit cependant lui-même nettoyer ses propres rangs dans le cadre de la lutte pour faire des syndicats non pas un instrument de collaboration avec son ennemi de classe, mais plutôt un outil de lutte contre le capitalisme.

Tel que nous l’écrivions il y a deux ans dans un tract distribué aux manifestations de masse des étudiants et de leurs partisans :

« La classe ouvrière du Québec, alliée à la jeunesse étudiante en lutte, peut jouer un rôle important pour revigorer le mouvement ouvrier nord-américain, meurtri par des décennies d’austérité et de cassage de grèves. La grève générale spontanée de mai 1972 au Québec, contre l’emprisonnement de dirigeants syndicaux, a bien montré cette puissance. Mais au bout du compte, les aspirations des ouvriers québécois ont été contenues dans le cadre du nationalisme bourgeois que représentait le PQ. Pour que la puissance du prolétariat puisse se mettre en branle, il faut rompre politiquement avec ce type de nationalisme, y compris sa variante ‘de gauche’ actuelle, Québec Solidaire.

« Seule une révolution ouvrière qui renverse l’État capitaliste et le remplace par un État ouvrier, c’est-à-dire la dictature du prolétariat, est capable d’ouvrir la voie au socialisme. Pour cela il faut remplacer la démocratie bourgeoise (une ‘démocratie’ pour les riches) par la démocratie ouvrière. C’est le seul moyen d’ouvrir la voie à la construction d’une société communiste égalitaire où la misère et la répression seront des reliques du passé. »

— « La grève étudiante secoue le Québec—Mobilisez la puissance de la classe ouvrière ! » Spartacist Canada n° 173, été 2012

***

Travailleurs : les policiers ne sont pas vos alliés !

Depuis la parution originale de cet article, les attaques du gouvernement Couillard ont connu un certain développement, notamment avec le dépôt du projet de loi 3 visant à faire payer les travailleurs et retraités du secteur municipal pour les déficits des régimes de retraite. La Coalition syndicale pour la libre négociation mène présentement la contestation, laquelle inclue des syndicats parmi les plus grandes centrales syndicales du Québec (FTQ et CSN), mais également la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, ainsi que la Fraternité des policiers et policières de Montréal. Le 17 juin dernier, les travailleurs municipaux se joignaient à la contestation aux côtés des policiers devant l’hôtel de ville de Montréal, et plus récemment, le 5 août, des centaines de policiers se sont rassemblés pour manifester à Ste-Julie.

Nous nous opposons aux attaques d’austérité contre les travailleurs municipaux, mais nous dénonçons la collaboration des chefs syndicaux avec les « gangsters en bleu ». La police est la première ligne d’attaque contre les travailleurs lorsqu’ils mènent des luttes combatives contre les patrons et le gouvernement bourgeois. Il n’y a qu’à rappeler le rôle de répression brutale qu’a joué la police au cours des manifestations étudiantes de 2012 pour montrer que les policiers ne sont d’aucune façon les alliés de la classe ouvrière ni de la gauche. Il s’agit de plus d’un réservoir de racisme et de violence dirigés à l’endroit des minorités ethniques, comme le rappelle amèrement le meurtre de Fredy Villanueva, abattu par les flics en 2008.

Contrairement aux illusions que répandent les groupes pseudo-marxistes comme La Riposte ou Alternative socialiste, les policiers, comme les gardiens de prison, ne sont pas des « travailleurs en uniforme ». Ils font partie de l’appareil d’État capitaliste, qui est là pour préserver, par la violence organisée, le système d’exploitation des travailleurs par la bourgeoisie. Il est nécessaire que la classe ouvrière lutte indépendamment de l’État bourgeois, et c’est pourquoi nous disons : policiers, gardes de sécurité et gardiens de prison, hors des syndicats !