Le Bolchévik nº 177

Septembre 2006

 

Liban : A bas l’intervention de l’ONU et de la France !

Retrait israélien immédiat ! Bas les pattes devant l’Iran et la Syrie !

Pour une fédération socialiste du Proche-Orient !

Pendant plus d’un mois le Liban n’a été qu’une scène de carnage, de destruction et d’horreur infligés par des bombardements incessants et l’invasion d’une force de 30 000 soldats israéliens. Plus de 1 000 hommes, femmes et enfants ont été massacrés, près du quart de la population a été déplacé, et l’infrastructure du pays a été dévastée. Pendant ces semaines d’horreur les puissances impérialistes, essentiellement les USA et la France, jouaient la montre en espérant qu’Israël aurait le temps d’annihiler le Hezbollah avant qu’elles ne se mettent d’accord sur la formulation d’une résolution de l’ONU. C’était déjà l’objectif de la résolution 1559 de l’ONU qu’elles avaient soumise ensemble il y a deux ans, et qui a conduit à l’offensive israélienne de cet été. Mais le Hezbollah non seulement a survécu à l’attaque, il a infligé des pertes significatives à l’armée israélienne. L’échec de la campagne militaire israélienne, et le renforcement de l’Iran et de la Syrie qui en résulte, voilà ce qu’il y a derrière l’accord final de cessez-le-feu décidé par l’ONU, et qu’Israël viole de façon répétée. C’est quand il est devenu clair qu’Israël avait des problèmes pour atteindre ses objectifs militaires que les impérialistes ont finalement ouvert la voie au cessez-le-feu.

Au centre de l’accord de l’ONU il y a le déploiement de 15 000 soldats de l’ONU dans le sud du Liban. Après l’annonce par le gouvernement de front populaire italien de l’envoi de 3 000 soldats, Chirac a promis 2 000 soldats français supplémentaires pour l’opération de l’ONU. Ces soldats s’ajouteront aux forces aéronavales françaises déjà en place au Liban, fortes de 1 700 hommes (l’opération « Baliste »), qui d’après des sources militaires resteront sur place pour une durée indéterminée, et qui resteront sous commandement français direct.

L’objectif de cette force impérialiste de l’ONU et des 1 700 soldats français supplémentaires est de tenter d’accomplir ce que l’armée israélienne n’a pas pu faire – la neutralisation du Hezbollah et de ses combattants. Les impérialistes français, les anciens maîtres coloniaux du Liban, cherchent à tirer parti de l’insécurité et de la dévastation qu’ils ont directement contribué à alimenter afin de se réinsérer dans leur ancienne colonie et assurer la poursuite de l’exploitation des richesses de la région, notamment le pétrole. Il est certain que leur engagement de près de 4 000 soldats n’a rien à voir avec des préoccupations humanitaires, de même que le déploiement de troupes françaises en Côte d’Ivoire ou en Afghanistan signifie la poursuite de l’oppression brutale des peuples là-bas. Nous exigeons le retrait immédiat et complet de toutes les troupes israéliennes du Liban, et nous disons : Troupes françaises, de l’ONU, hors du Liban immédiatement ! Bas les pattes devant l’Iran et la Syrie ! Troupes françaises, hors d’Afrique, d’Afghanistan et des Balkans !

Pendant que les sionistes faisaient leur massacre au Liban, ils continuaient aussi leur répression meurtrière dans les territoires occupés. 200 Palestiniens ont été tués depuis la capture en juin d’un soldat israélien. Des dizaines de représentants du gouvernement et du Parlement palestiniens, membres du Hamas, sont emprisonnés. Pendant ce temps plusieurs puissances impérialistes et l’Union européenne, en plus d’Israël, poursuivent un embargo qui étrangle les Palestiniens en punition de l’élection du Hamas au gouvernement en janvier. Défense du peuple palestinien ! A bas l’embargo ! Toutes les troupes israéliennes et tous les colons, hors des territoires occupés – la bande de Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et le plateau du Golan !

Lors du récent conflit au Liban nous avons appelé à la défense militaire du Hezbollah, tout en maintenant notre opposition politique à cette organisation intégriste islamique réactionnaire. Nous soulignions : « Les innombrables peuples du Proche-Orient ne connaîtront pas la paix, la prospérité ou la justice tant que l’ordre capitaliste dans la région n’aura pas été renversé par une série de révolutions socialistes. » La gauche réformiste dans le monde, qui s’oppose à cette perspective marxiste, a donné un soutien ouvert ou caché aux forces impérialistes de « maintien de la paix ».

Pendant toute l’offensive, le Parti communiste (PC) a soutenu sans faille le gouvernement Chirac. Son seul reproche était que ce dernier n’avait pas agi assez rapidement contre ses rivaux américains, et qu’il n’avait pas suffisamment réagi concernant le sort du peuple palestinien. Quand Chirac a annoncé le déploiement de 2 000 soldats pour la force de police de l’ONU, Marie-George Buffet a eu pour réponse : « Je me félicite de la réponse que le président a apportée ce soir […]. Je suis satisfaite que la France s’engage dans cette force. » Cette prostration devant les intérêts impérialistes de la France à l’étranger est encore une fois une indication que, s’ils entrent dans un nouveau gouvernement capitaliste l’année prochaine, ils serviront à nouveau, tout comme ils l’ont fait sous de Gaulle, Mitterrand et Jospin, leur propre bourgeoisie contre ses rivaux capitalistes, et ce sont les travailleurs, les immigrés et les couches les plus vulnérables de la société qui paieront. Comme ils l’ont prouvé à de nombreuses reprises, il n’y a pas d’autre manière d’administrer le système capitaliste.

La Ligue communiste révolutionnaire (LCR) a adopté une posture différente du PC ; souvent dans les manifestations à Paris contre la terreur israélienne ils sont apparus comme étant pro-Hezbollah. Contrairement au PC, ils s’opposent explicitement à la résolution 1559 de l’ONU qui demande le désarmement du Hezbollah. Cependant la LCR partage la même préoccupation que le PC (et que le gouvernement) que la France ne soit dupe des Israéliens et des Américains, et qu’elle ne se retrouve attirée dans un bourbier : « Il n’est pas question que le Liban devienne un nouvel Afghanistan avec l’implantation de contingents militaires issus de l’OTAN, se drapant dans le drapeau de l’ONU pour servir de supplétifs à la guerre menée par les USA » (communiqué de la LCR, 17 août).

La LCR et le PC ont cosigné un appel pour la manifestation du 12 août à Paris où ils « s’adressent solennellement au président de la République et au gouvernement français, afin qu’ils condamnent sans équivoque l’agression en cours, qu’ils agissent sans délai en faveur d’un cessez-le-feu sans conditions », et réclament de la part des autorités et gouvernements de l’Union européenne « des sanctions contre le gouvernement israélien ». Ces pseudo-socialistes font la promotion des dirigeants impérialistes en les présentant comme une force pour la paix, alors qu’ils font tous les jours la guerre contre les immigrés et les populations musulmanes avec des rafles, des déportations, la terreur policière de Vigipirate, etc. Ce sont eux qui ont découpé le Proche-Orient de sorte qu’y règnent les bains de sang interethniques et religieux. Ils ont massacré des millions de personnes dans leurs anciennes colonies. Maintenant les réformistes ont le « cessez-le-feu » qu’ils avaient demandé, sous forme d’une force de « maintien de la paix », la plus grande de l’histoire de l’Union européenne.

Dans Rouge du 31 août la LCR appelle au retrait des troupes françaises du Liban, tout en demandant à nouveau « des sanctions contre le gouvernement israélien », dont on ne peut que présumer que c’est aux puissances impérialistes de les mettre en œuvre. Cependant la LCR n’a pas capitulé qu’à sa propre bourgeoisie dans ce conflit. Elle s’est aussi en partie tournée vers le Hezbollah comme une force pour le changement au Proche-Orient. Ainsi ils ont publié dans Rouge (27 juillet) sans la moindre critique une déclaration de leur groupe libanais disant : « La dernière opération durant laquelle les commandos du Hezbollah réussirent à capturer deux soldats israéliens […] fut, en fait, le seul geste de vraie solidarité avec la lutte du peuple palestinien » (la coupure est de Rouge) et « La bataille actuelle dans laquelle nos masses se trouvent obligées de s’engager contre l’agression israélienne, et contre les alliés impérialistes occidentaux d’Israël exige, avant tout, de dépasser le caractère confessionnel pur de la résistance actuelle, […] dans une atmosphère d’entente et de coordination profondes avec la résistance islamique. »

C’est l’ABC du marxisme de lutter pour l’indépendance politique la plus complète du prolétariat vis-à-vis de toutes les forces et classes sociales non prolétariennes, dont fait partie sans aucun doute le Hezbollah anti-femmes et antisémite. Nous étions pour la défense militaire du Hezbollah parce qu’une victoire israélienne aurait accru l’oppression des masses libanaises, renforcé la main des sionistes contre les Palestiniens et favorisé les desseins des impérialistes dans la région. Dans les manifestations ici en France, tout en insistant sur notre défense militaire du Hezbollah contre l’attaque sioniste, nous avons en même temps souligné notre opposition politique au Hezbollah, au Hamas et à toutes les forces intégristes islamiques : l’autorité accrue du Hezbollah représente une menace mortelle pour les femmes, les chrétiens, les Druzes, les sunnites, ainsi que pour les chiites que le Hezbollah considère comme « mécréants ». Loin d’être une expression d’anti-impérialisme, la montée de mouvements islamistes de masse reflète le désespoir face à une oppression brutale.

Quant à Lutte ouvrière (LO), la capitulation devant des forces intégristes islamiques n’est pas depuis 25 ans la source de leur collaboration de classes. Comme le fait remarquer notre tract, au début de l’offensive israélienne contre Gaza et ensuite le Liban, LO a boycotté les manifestations, tout au moins à Paris, du fait qu’ils renvoyaient dos à dos les forces du Hezbollah (et du Hamas) et celles des sionistes dans ce conflit militaire. Mais comme le carnage se poursuivait, la direction de LO a changé de posture et LO a participé aux manifestations, attaquant leur position antérieure de tirer un trait d’égalité entre les deux côtés (« Mais tout parallèle entre les bombardements israéliens et les roquettes tirées par le Hezbollah relève d’une parfaite hypocrisie », déclarait l’éditorial d’Arlette Laguiller dans Lutte Ouvrière, 4 août). Cependant LO n’a jamais dans ce conflit pris le côté militaire des forces du Hezbollah contre Tsahal. Cela représente pourtant une position léniniste élémentaire d’internationalisme prolétarien : mobiliser en urgence la classe ouvrière ici, aux USA et ailleurs dans des actions concrètes de solidarité avec les masses palestiniennes et libanaises assiégées – par exemple en refusant de charger des livraisons de matériel militaire à Israël et en organisant une aide matérielle aux Palestiniens. On ne peut réaliser cette perspective qu’en mobilisant les travailleurs contre leur propre classe dirigeante.

Ce qu’il faut au Proche-Orient, comme le souligne notre tract, c’est forger des partis ouvriers révolutionnaires internationalistes à travers une lutte irréconciliable contre le nationalisme bourgeois et petit-bourgeois et contre toutes les formes d’intégrisme religieux. Ici et ailleurs dans le monde, nos sections luttent pour forger de nouveaux partis ouvriers marxistes qui s’engagent à lutter pour de nouvelles révolutions d’Octobre – la seule voie pour débarrasser le monde de la guerre impérialiste, de l’oppression nationale et de l’exploitation capitaliste.

Nous reproduisons ci-après le tract de la LTF du 23 juillet.

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USA, France, ONU, bas les pattes devant le Liban, la Syrie, l’Iran !

A bas l’attaque sioniste contre le Liban et la bande de Gaza !

Alors que les troupes israéliennes sont prêtes à envahir le sud du Liban, les bombardements sionistes incessants sont en train de réduire en décombres de vastes zones du pays. Au moins 350 civils ont été tués, l’infrastructure du pays est en ruines, et Beyrouth se fait à nouveau dévaster. Sur une population de moins de quatre millions de personnes, 500 000 personnes ont été déplacées. En même temps le pouvoir sioniste continue à se déchaîner de façon meurtrière contre les Palestiniens dans la bande de Gaza, où il bombarde des zones densément peuplées ; des dizaines de personnes ont été tuées. Les dirigeants sionistes ont une mentalité qu’ils sont une race supérieure, ce qui leur dicte de tuer vingt Arabes pour chaque Israélien tué, qu’il soit civil ou militaire. Les impérialistes américains sont derrière Israël ; ils lui ont donné le feu vert tout en poursuivant leur propre occupation meurtrière de l’Irak et en battant le tambour de guerre contre la Syrie et l’Iran.

Et les impérialistes français sont également jusqu’au cou dans ce massacre. C’est leur résolution 1559 de l’ONU, qu’ils ont concoctée ensemble avec les USA, et qui demande le désarmement des milices du Hezbollah et le retrait des troupes syriennes, qui a dans une large mesure pavé la voie à l’attaque sioniste actuelle. Cela à lui tout seul souligne la futilité des appels aux impérialistes ou aux Nations Unies pour qu’ils viennent en aide au Liban ou aux Palestiniens, comme par exemple le soutien du PCF aux initiatives de Chirac pour un « corridor humanitaire » (éditorial de lHumanité, 21 juillet), ou les appels de la LCR (déclaration du 17 juillet) disant que « des sanctions politiques et économiques contre l’Etat d’Israël s’imposent » – à mettre en œuvre par qui, sinon par l’impérialisme français entre autres ? Ces réformistes ne peuvent imaginer autre chose que de se tourner vers les impérialistes. Les innombrables peuples du Proche-Orient ne connaîtront pas la paix, la prospérité ou la justice tant que l’ordre capitaliste dans la région n’aura pas été renversé par une série de révolutions socialistes.

Le général de corps d’armée israélien Dan Halutz a déclaré de façon menaçante qu’Israël allait « faire revenir le Liban en arrière de vingt ans » : c’est une menace de dévastation totale rappelant la guerre civile de 1975-1990. Israël a rappelé des milliers de réservistes, et ses troupes ont déjà fait plusieurs incursions dans le Sud-Liban où elles affrontent une résistance farouche des forces du Hezbollah. Il est remarquable que, dans l’atmosphère d’hystérie chauvine attisée par le gouvernement israélien, environ 2 000 personnes aient manifesté à Tel-Aviv le 16 juillet contre l’attaque visant le Liban. Nous, trotskystes de la Ligue communiste internationale, nous défendons militairement le Hezbollah contre la machine de guerre israélienne dans ce conflit, tout en maintenant notre opposition politique à cette organisation islamiste réactionnaire. Israël, hors du Liban, de la bande de Gaza et de tous les territoires occupés ! Défense du peuple palestinien !

Cette nouvelle offensive d’Israël se produit dans le contexte de l’occupation US meurtrière de l’Irak, qui a provoqué et déchaîné un bain de sang interethnique et religieux. D’après un récent rapport de l’ONU concernant l’Irak, rien qu’au mois de juin plus de 3 000 civils ont été tués – cela fait 100 par jour. Et maintenant les impérialistes, avec Chirac fermement au côté de Bush, augmentent les bruits de bottes contre la Syrie et l’Iran en prétendant qu’ils sont le vrai pouvoir qui se tient derrière le Hezbollah. En cas d’attaque visant la Syrie ou l’Iran, qu’elle soit le fait des USA ou d’autres forces impérialistes, ou d’Israël agissant pour le compte de ces derniers, il est du devoir du prolétariat du monde de se prononcer pour la défense militaire de l’Iran et de la Syrie, sans donner de soutien politique ni à la dictature baasiste de Damas, ni au régime réactionnaire des mollahs de Téhéran. Face au chantage nucléaire impérialiste, nous disons que l’Iran a besoin d’armes nucléaires et de systèmes de missiles adéquats pour se défendre et pour dissuader les impérialistes d’attaquer. De plus, dans le cadre de notre défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier déformé nord-coréen, nous soutenons le fait que ce pays développe et teste des armes nucléaires et des missiles. Bas les pattes devant la Syrie et l’Iran ! Aucune sanction de l’ ONU contre la Corée du Nord ! USA, hors d’Irak ! France, hors d’Afghanistan, du Proche-Orient et d’Afrique !

Israël et les USA déclarent que leur objectif est de désarmer et d’écraser le Hezbollah. Et les Français se positionnent pour faire une partie du travail. Cela ne pourra en fin de compte se réaliser qu’en annihilant la population chiite plébéienne du Sud-Liban, qui est l’une des plus grandes minorités parmi les nombreuses communautés mutuellement hostiles de ce pays. Loin d’être une nation, le Liban est un petit pays artificiel qui a été découpé de la Syrie par les impérialistes français après la Première Guerre mondiale. Afin de diviser pour mieux régner, la France avait créé l’entité qu’elle appelait le « Grand Liban » en annexant des régions musulmanes de Syrie à celle du Mont-Liban, qui était peuplée d’une majorité chrétienne. Ils avaient ainsi créé en connaissance de cause un Etat qui devait par sa construction être marqué par des conflits entre les communautés, ce qui justifierait leur force impériale de « maintien de paix » et leur influence plus largement dans la région. La guerre civile qui a ravagé le Liban pendant une quinzaine d’années à partir de 1975, avec plus de 150 000 morts, n’a été que l’expression la plus sanglante de ces conflits intercommunautaires qui ont toujours tourmenté le pays.

Quand le gouvernement de Beyrouth, qui est arrivé au pouvoir l’année dernière avec le soutien de Washington et Paris, a fait appel à la « communauté internationale » pour réfréner Israël, l’impérialisme français a sans conviction décrit l’attaque meurtrière comme « excessive » et « disproportionnée ». Depuis, Chirac parle de plus en plus d’un accord de paix humanitaire, consistant pour l’essentiel en un cessez-le-feu immédiat, et encore une fois une force de « maintien de la paix » soutenue par l’ONU pour occuper le Sud-Liban. Chirac a déjà promis que les troupes françaises étaient prêtes à jouer un rôle central. L’armée française a déjà massé des navires de guerre et des troupes d’élite près du Liban, sous couvert de rapatrier les citoyens français. Non à une intervention française, de l’Union européenne ou de l’ONU ! Les propositions de Chirac représentent simplement une tentative de la France pour utiliser le bain de sang – causé en grande partie par la résolution 1559 de l’ONU – pour se réinsérer dans son ancienne colonie et pour essayer à nouveau de regagner de l’influence au Proche-Orient riche en pétrole.

Prenez garde aux illusions dans l’ONU, une caverne des brigands impérialistes et de leurs victimes ! C’était l’ONU qui avait voté (avec l’approbation de l’URSS de Staline) la partition de la Palestine et la création de l’Etat sioniste raciste d’Israël. De la guerre de Corée aux sanctions de famine contre l’Irak de Saddam Hussein, l’ONU a toujours servi d’instrument pour les déprédations impérialistes de par le monde. C’était l’ONU, avec un important contingent de troupes françaises, qui avait désarmé les combattants palestiniens pendant la sanglante guerre civile libanaise ; ils ont ainsi créé les conditions pour le massacre de 2 000 civils en 1982 dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila par des forces chrétiennes d’extrême droite dirigées par les troupes israéliennes sous la direction du boucher Ariel Sharon, qui est maintenant dans le coma.

En ce qui concerne la soi-disant « opposition » en France, le Parti socialiste a déclaré ouvertement son soutien aux dirigeants israéliens : « nous pensons que la réaction est légitime de la part du gouvernement israélien, au regard du fait qu’il y a eu agression » (déclaration de Julien Dray, 17 juillet). Pendant ce temps le PC, qui a déjà annoncé son intention de mobiliser le soutien pour le PS au deuxième tour des élections présidentielles de l’année prochaine, a adopté une posture ultra-gaulliste. Sa première réaction était de se lamenter que la France était trop dans le sillage des USA au lieu de s’opposer à eux comme en 2003 contre la guerre de Bush en Irak. Mais la politique de Chirac était à l’époque (comme aujourd’hui) dictée par les intérêts du capitalisme français tels qu’il les voyait, et aucunement par ceux des masses opprimées du Proche-Orient. A cette époque le soutien éhonté du PCF et de la LCR au gouvernement Chirac, pour qui ils venaient de voter, sur la question de l’Irak avait cimenté, qu’ils le veuillent ou non, l’« unité nationale » dont avaient besoin Chirac et Sarkozy pour envoyer des milliers de troupes en Côte d’Ivoire, remettre en route les déportations de sans-papiers par charters entiers à la veille de la guerre, et ensuite à la fin de la guerre pour mener l’attaque contre toute la classe ouvrière française sur la question des retraites.

Lutte ouvrière s’est abstenue de faire de misérables demandes aux impérialistes comme le PC et la LCR, mais n’a pas non plus participé jusqu’à présent à aucune des manifestations à Paris contre l’attaque de Gaza et du Liban. On peut présumer que cela a à voir avec leur refus de prendre un côté militaire avec les forces du Hezbollah contre Tsahal, et avec leur tendance à renvoyer dos à dos les islamistes du Hezbollah et du Hamas avec les sionistes : « Evidemment, les dirigeants du Hamas et du Hezbollah n’ont rien à envier aux dirigeants israéliens. Leurs actions terroristes ne servent pas la cause de leur propre peuple » (Lutte Ouvrière, 21 juillet). L’« antiterrorisme » de LO va de pair avec son soutien très actif à la loi du gouvernement contre le foulard islamique dans les collèges en France, et avec son refus constant de s’opposer au quadrillage policier raciste de Vigipirate, qui fait la chasse aux jeunes des banlieues à la peau foncée sous couvert de lutte contre le « terrorisme islamique ». A bas Vigipirate !

Les révolutionnaires doivent prendre le côté militaire du Hezbollah, attaqué par tous les impérialistes qui sont du côté des sionistes alors que ceux-ci essaient de rayer de la carte les Palestiniens. Cela ne veut pas dire que, comme le groupe Agir contre la guerre, dirigé par une tendance à l’intérieur de la LCR associée au Socialist Workers Party (SWP) de feu Tony Cliff en Grande-Bretagne, nous enjolivions le Hezbollah comme un « mouvement de résistance national ». Depuis des années les cliffistes considèrent que l’intégrisme islamique montant « a contribué à une renaissance du sentiment anti-impérialiste, à travers le filtre de la religion » (Socialist Review, février 1992). L’intégrisme islamique, avec ses attentats-suicide et ses massacres contre d’autres communautés, n’est pas la solution pour les masses du Proche-Orient.

Pendant la période de la guerre froide contre l’Union soviétique, l’impérialisme (et Israël vis-à-vis du Hamas) avait alimenté la croissance de la réaction islamiste comme contrepoids au communisme et au nationalisme laïc. Cela s’est exprimé de la façon la plus claire dans les milliards versés par les USA aux assassins moudjahidin assoiffés de sang qui se battaient contre les troupes soviétiques en Afghanistan dans les années 1980. Nous avons dit à l’époque « Salut à l’Armée rouge en Afghanistan », et nous avons appelé à l’extension des acquis de la Révolution d’octobre 1917 aux peuples afghans. Nous avons condamné le retrait soviétique d’Afghanistan ordonné par Gorbatchev en 1989 ; ce retrait voulait dire abandonner à leur sort les femmes et les travailleurs d’Afghanistan et capituler à l’impérialisme, une capitulation qui a ouvert la voie à la contre-révolution en Union soviétique même. Le fait qu’aujourd’hui des millions d’Arabes perçoivent les intégristes islamiques comme les meilleurs combattants contre l’impérialisme et le sionisme est en soi une mise en accusation de la banqueroute politique du nationalisme arabe et du stalinisme. C’est aussi un indice du climat politique réactionnaire introduit par la contre-révolution capitaliste en URSS en 1991-1992.

La domination capitaliste, qui attise les divisions nationales, ethniques et religieuses, alimente le bain de sang incessant qui caractérise le Proche-Orient. Les « plans de paix » annoncent l’un après l’autre de nouveaux massacres et une misère encore accrue pour les Palestiniens, et chaque proclamation pour la « démocratie » sert de couverture à l’occupation impérialiste sanglante et à des bains de sang intercommunautaires. Il est clair qu’il n’y aura aucune solution équitable aux revendications incompatibles des peuples de la région tant que le pouvoir de la bourgeoisie ne sera pas renversé et qu’il ne sera pas mis fin au joug impérialiste. C’est notamment le cas en ce qui concerne le droit d’autodétermination tant pour le peuple palestinien arabe que pour le peuple de langue hébraïque.

La lutte pour le pouvoir prolétarien au Proche-Orient comprend, et c’est crucial, la destruction de l’Etat-garnison sioniste de l’intérieur, par une révolution ouvrière arabe/hébraïque. Pour cela il faut absolument forger des partis ouvriers marxistes dans tout le Proche-Orient pour unifier le prolétariat – arabe, persan, kurde et hébraïque, sunnite et chiite, musulman et chrétien – dans une lutte contre l’impérialisme et contre les sionistes, les mollahs, les cheiks et autres dirigeants capitalistes. De tels partis, des sections d’une Quatrième Internationale reforgée, sont essentiels pour que le prolétariat rompe avec l’intégrisme et avec toutes les formes de nationalisme, dans une lutte pour une fédération socialiste du Proche-Orient.

La conquête du pouvoir par le prolétariat au Proche-Orient n’achèvera pas la révolution, elle ne fera que la débuter en changeant le cours du développement social. Mais on ne pourra consolider un tel développement social que par l’extension internationale de la révolution, notamment aux centres impérialistes avancés et industrialisés. Pour défendre ceux qui sont sous le joug de l’impérialisme de par le monde, il faut poursuivre la lutte de classe aux USA, en France et dans d’autres centres impérialistes, en orientant la classe ouvrière vers la lutte pour le pouvoir. La LTF, section française de la Ligue communiste internationale, se dédie à la lutte pour forger un parti ouvrier révolutionnaire pour diriger le prolétariat multiethnique pour balayer l’impérialisme français par la révolution socialiste.